samedi, juin 09, 2007

Sur les toits de Paris, c'est là que je finis mes nuits

Ce matin, le sol s'était couvert d'humidité et je me suis demandée comment m'habiller. C'est comme ça depuis un bon mois. Comme si le temps ne parvenait pas à se décider. Lourd. Grisonnant. Incertain. Il attend de voir. Un peu comme moi...

Plus tard, j'ai mis un certain temps à me rendre compte que je me baladais avec un tract du MR et à vouloir m'en débarasser, vite. J'étais avec lui, avec ses doigts de pianiste, avec son souffle court, avec sa joue qui pique. Nos soirées m'empêchent de penser à demain. Et je crois que c'est bien. Parce que demain ne sera pas comme aujourd'hui, et encore moins comme hier. Je le sais. Et j'ai beau me dire qu'il n'y a rien à craindre, que ce sera bien, sûrement, voire mieux, que je serais stupide, idiote, incorrigible de me mettre à flipper maintenant... il m'arrive encore... parfois... d'avoir (un peu)... peur...

Mieux vaut tard que jamais...

Elle et lui m’y ont tous les deux invitée. J’ai promis. Je n’ai rien fait. Je n’étais pas sûre de pouvoir répondre, de me souvenir de mes grandes émotions littéraires, même si elles ont été nombreuses et fortes. J’avais peur que les films ne veuillent prendre le dessus, à cause de ma passion dévorante à leur égard. Mais finalement, voilà : j’ai répondu (presque) dans les règles. Et je me rends compte que je suis très, très loin d’avoir cité toutes mes émotions de lectrice… Je passe donc à mon tour la chaîne à d’autres mais qu’ils n’hésitent pas à la transformer au gré de leurs envies. Connaître vos émotions cinématographiques, musicales, esthétiques, politiques, humoristiques m’intéresse aussi beaucoup, beaucoup.

Les quatre livres de mon enfance
- Les petits nains à l’école
(ça, c’est la toute petite enfance... D’ailleurs, ce n’est pas moi qui le lisais mais mes pauvres parents, frère, sœur. Je connaissais le texte par cœur et ne tolérais aucun écart de mot, aucun sautage de phrase, bref, j’étais chiante…)
- Compte les étoiles de Lois Lowry
(mon premier livre sur la shoah. Plein d’émotion)
- E=MC2 mon amour, Patrick Cauvin
(mon premier grand livre « romantique », passé par une copine, complice des premiers émois amoureux. Les héros avaient exactement mon âge, 11 ans, et ça me plaisait beaucoup)
- Le passeur, encore de Lois Lowry
(en route pour l’adolescence, ma première « anti-utopie ». Après, il y aura Huxley, Orwell et beaucoup d’autres)

Les quatre livres de mon adolescence
- La nuit des temps, Barjavel
(on est tous pareils!)
- 1984, George Orwell
- La vie interdite, Didier Van Cauwelaert
(entre autres livres de cet auteur, très lié à mon adolescence)
- La trilogie des fourmis, Bernard Werber
(entre autres livres de cet auteur, très lié à mon adolescence aussi :))
+ de nombreux Amélie Nothomb
(que je comprends qu’on puisse détester mais que, de mon côté, je continue de lire avec un certain plaisir)

Les quatre prochains livres sur ma liste
- La course au mouton sauvage, Haruki Murakami
(celui-là (dont j’aime le titre) ou un autre, parce que mon deuxième Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil m’a plu presque autant que le premier, Les amants du Spoutnik, et que cet auteur est entré dans mon cœur)
- Emma, Jane Austen
(ça fait près d’un an que je l’ai. J’ai très envie de le lire. J’ai juste… pas trouvé le temps (vous y croyez, vous ?))
- Océan mer d’Alessandro Baricco
(pire qu’Emma, je l’ai depuis un an et demi !)
- Chroniques de San Fransisco, volume 5 : D’un bord à l’autre, Armistead Maupin
(Si vous cherchez de la grande littérature, je vous le dis tout net : ce n’en est pas ! Mais c’est tellement chouette à lire !)

Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore
- Murakami
(vraiment touchant…)
- Baricco
(lui aussi…)
- Paul Auster
(même si je ne peux pas dire que je sois conquise. Simplement, il m’intrigue)
- Pennac
(pour son plaisir d’écrire, si communicatif)

Les quatre auteurs que je n'achèterai ou n'emprunterai plus
- Dan Brown
(parce que bon… Da Vinci Code volume 8, euh… non, quoi)
- Marc Lévy
(c’est pas très cool, ce que je dis là car, j’avoue, je n’ai jamais rien de lu de lui mais j’y peux rien, j’ai pas du tout mais alors pas DU TOUT envie)
- Frédéric Beigbeder
(lui, c’est pire : sa simple évocation me donne des boutons)
- Et, dans un tout autre genre, Balzac aussi
(même si, il y a quelques mois, j’ai vu au théâtre une pièce intitulée Mémoires de deux jeunes mariées. C’était du Balzac. Et c’était vraiment bien)

Les quatre livres que j'emporterais sur une île déserte
- D’amour et d’ombre, Isabel Allende
- Soie, Baricco
- L’Antigone de Bauchau
- EDIT: J'oubliais Une femme d'Anne Delbée!
(ou ma découverte passionnée du destin de Camille Claudel)
- Et sans doute La nuit des temps ou 1984, pour me souvenir de l’adolescente que j’étais

Les 4*4 derniers mots d'un de mes livres préférés
(c’est quoi 4*4 à part une voiture anti-écologique ?)
Ici, j’aimerais vraiment citer l’Antigone de Bauchau. Mais je ne l’ai pas. On me l’avait prêtée. Quelqu’un peut m'aider ?
A défaut, je citerai Allende, ou plutôt sa traduction:
« Dans la lumière dorée du petit matin, ils s’arrêtèrent pour contempler une dernière fois leur terre natale.
- Nous reviendrons ? murmura Irène.
- Nous reviendrons, répondit Fransisco.
Deux mots qui, au long des années, n’allaient plu cesser d’orienter leurs destins : nous reviendrons, nous reviendrons… » (D’amour et d’ombre)

Les quatre personnes à qui je refile le truc
Ca devient difficile de faire suivre cette chaîne. Elle est partout. Sauf peut-être (mais il est possible que je l’y ai manquée) sur les « nouveaux blogs » de mon univers, à savoir Gwen, Lucie, Mickaël et K. Donc, ça tombe sur vous, les gars (sans obligation, bien sûr) et ça tombe plutôt bien, parce que je ne demande qu’à mieux vous connaître, à travers vos lectures (ou vos images, vos sons, ce que vous avez envie de dévoiler)
Sinon, (on peut toujours rêver) mes ex-compagnons d’aquarium, aussi ! Tous les trois. Le Deadfish est mort. Mais pas vous, si ?

mardi, juin 05, 2007

J'aime, j'aime la vie

Hier, je souriais en allant à l'entretien d'embauche. Ce n'est pas normal. Personne ne sourit en allant au casse-pipe, surtout pas moi. Je suis censée être quelqu'un de flippé, en principe! Mais non... Hier, je souriais.

M. est arrivée légèrement en retard. Juste le temps de me permettre de rêver en suivant la construction d'un somptueux casting, dans la pièce à côté. Elle m'a saluée avec une chaleur que je n'attendais pas d'elle. Oubliés la poignée de main rigide et le "bien à vous" qui conclut ses mails. Bienvenue dans le monde merveilleux des producteurs belges! P. a dû terminer deux, trois coups de fil avant de venir me chercher, quelques minutes plus tard, nettement moins impressionnant que dans mes souvenirs. (La chemise turquoise, déjà, ça rassure méchamment, je trouve...) Et puis, je n'ai plus très bien compris ce qui m'arrivait. Je les ai écoutés me raconter leur monde, bordélique, passionné, j'ai regardé leurs cendriers respectifs se remplir à une vitesse dingue. Et j'ai souri... Je me suis sentie comme Xavier, en "entretien de colocation" dans l'Auberge Espagnol (je me sens souvent comme Xavier, dans ma vie quotidienne, moi. Un jour, il faudra que je consulte, pour ça, non?) J'ai voulu ce job... et je crois que je l'ai eu.

Dans l'ascenseur, j'ai dû me retenir pour ne pas faire des petits bonds dans tous les sens (noyer son bonheur dans un blocage d'ascenseur, c'est con...) puis, j'ai parcouru les rues, en transe. Je n'ai même pas eu de mal à traverser la place Liedts, c'est dire! Mon sourire indécollable, que j'essayais de ravaler régulièrement, par soucis de décence, m'a valu de nombreux "bonjour mademoiselle" et même un "Euh... Puis-je vous inviter à déjeuner avec nous?" C'est le quartier qui veut ça. Là-bas, on dit bonjour aux gens (et on les drague aussi un peu... mais rien de bien méchant). Quand je pense que j'ai traîné mon appareil photo dans ces rues-là pendant un an et que j'y ai presque plus mis les pieds depuis... c'est dommage (comment ai-je pu vivre sans les frites du snack kitsch au fond de la place, déjà?) Du coin de l'oeil, je remarque les affiches électorales, "communautaires", ultra présentes. Le CDh est partout, le PS aussi et il y a quelques MR isolés. Mais d'Ecolo, je ne vois aucune trace. Je comprends... Moi même, ils ont du mal à me convaincre, parfois. Alors, je me souviens que le "développement durable" est la seule politique qui tienne la route pour moi. Et j'me dis qu'un jour, les gens comprendront... (mais ce 10 juin, non... j'crois pas)

C'est dingue, quand même, de penser qu'il y a deux mois, j'écrivais ceci. A présent que je fais les compte, j'me dis "copain: ok", "boulot: très bientôt" et "appart: cet été". Je vais démesurément bien... mais j'ai toujours mal aux autres. (Cette fille, au téléphone, qui demande à son interlocuteur, en sanglotant, si c'est tout ce qu'il trouve à lui dire, ces étudiants qui révisent dans le métro, ces mômes qui pleurent, ces parents fatigués, ... Il m'arrive de me dire que j'ai peut-être un peu trop de chance, moi, en c'moment)

vendredi, juin 01, 2007

Edit

Et un petit post "technique" pour dire que j'ai enfin mis à jour mes liens. Quand vous voudrez découvrir de beaux univers, dans vos moments d'ennuis, allez donc faire des petits tours chez ces chouettes, chouettes gens, référencés dans la liste à droite. Vous ne le regretterez pas.

Il n'y a pas de hasard, juste des rendez-vous

J'avais répondu à ce concours un peu par hasard, sans trop y croire. J'ai gagné de la même façon. Sans vraiment comprendre...

Mais ce 24 mai, en montant dans l'avion qui s'envolait pour Cannes, j'ai eu la nette impression d'avoir rendez-vous avec le destin. Mon destin.

Passées les premières minutes d'éblouissement, je suis retombée sur mes pattes. J'ai su qu'un jour cette plage serait la mienne et que j'y donnerais d'époustouflantes soirées jet set dont le monde entier parlerait pendant des années.

J'ai su qu'un jour, ces gens travailleraient pour moi. Que non seulement ils nettoyeraient le tapis cannois avant chacune de mes apparitions mais qu'il ferait de même chez moi, sur les mètres de moquette rouge que j'aurai fait installer dans mes nombreux chateaux.

J'ai su que les fans seraient collants comme du sparadrap, qu'ils me voleraient mes sous-vêtements, s'arracheraient mes photos paparazzées, se cacheraient dans ma chambre d'hôtel, et que, de mon côté, j'apprendrais à leur sourire en les balançant par la fenêtre.

J'ai su que la piscine du Majestic me serait réservée, sur simple demande, quand j'aurais envie de m'y rendre en hélicoptère. J'ai su que je finirais par me lasser de voir mon image sur tous les magazines. Et qu'il m'arriverait de vouloir semer les flics et les gardes du corps responsables de ma sécurité.

Mais surtout, surtout, surtout... J'ai su que j'aimais le cinéma.

(Et aussi, j'ai été submergée par les mots, l'émotion, l'envie de travailler dans ce domaine-là, celle de le crier, à tue-tête, de me noyer dans cette passion qui vous étreint quand un de ces personnages de lumière devient vivant à vos yeux, quand il vous prend aux tripes, au coeur, à la gorge, quand il ne vous lâche plus et que vous vous sentez plus humains, brusquement, plus forts, plus fous, plus solidaires parce qu'il a réussi à vous toucher. Intensément. Mais ces mots-là m'ont lâchée, de retour à Bruxelles. Ne restent donc que les photos, la frime et la passion... dont vous devrez vous contenter...)

mercredi, mai 23, 2007

In the mood for Cannes

- A la maison, je te dirais un truc?
- Ah oui, quoi?
- Aujourd'hui, il s'est passé quelque chose.
- Et tu peux pas me le dire tout de suite?
- C'était à 4h, quand tu es venue me chercher...
- Ben dis-moi... Qu'est-ce qui s'est passé?
- Y a une fille qui m'a dit qu'elle était amoureuse de moi.
- Ah bon? Mais c'est bien ça! Et toi, t'es amoureux d'elle?
- Un peu...
- Super! T'es content alors?
- Oui mais, en fait, chais pas si je suis vraiment d'accord.

(Ca c'était Thomas, 8 ans, hier)
(Et, tout à l'heure, Titouan, 7 ans)

- Pourquoi t'es pas mariée, toi?
- Ben... Parce que j'ai pas encore eu envie de me marier...
- A quel âge on peut se marier?
- Y a pas vraiment d'âge. C'est quand on veut.
- Ah mais c'est super! Alors, moi, je peux me marier tout de suite!
- ...

C'est dingue comme ça peut être midinette, un petit garçon, des fois!
(Et sinon, je pars à Cannes et puis je reviens et promis à ce moment-là, je répondrai à ça parce que bon... heureusement qu'il n'y a pas de date de péremption...)

jeudi, mai 17, 2007

Paris, Bruxelles et Carcassonne

Mardi, en trifouillant dans le tiroir des papiers importants (joyeux bordel, ce tiroir! Un jour, si j'ai le courage, il faudra que... Mouais. En fait, non), je suis retombée sur le carnet de mon séjour parisien. Vous savez? Le truc qu'on entame avec la meilleure volonté du monde, dans le but de consigner les moindres émotions, les p'tits moments de blues et les plus infimes battements de coeur... Remède, censé conjurer l'oubli, qui finit irrémédiablement en grand n'importe quoi... Vous aussi, chuis sûre que vous en avez faits! (non?) Hé ben, ce truc dans lequel je n'ai pas écrit plus de trois textes mais que j'ai bourré de bouts de papiers, même pas collés, amassés à gauche, à droite, et gardés pour leur caractère "sentimental", ce truc tout bordélique, délaissé depuis près d'un an... Ce truc... m'a fait quelque chose.

L'espace de dix minutes, j'ai mesuré ma chance, démesurée, pour avoir vécu ça. Cependant, je n'ai pas versé la moindre larme. J'ai mon honneur et Bruxelles, "ma régulière", ne mérite pas que je la délaisse pour pleurer un ex. Je préfère me jeter à son cou, continuer mes errances. Les rues d'Evere, que je découvre, sont plus banales les unes que les autres mais elles offrent leur lot de surprises humaines, qui me plaisent. Bruxelles est réelle, là où Paris me vendait du rêve, des bonheurs éphémères, des amours impossibles, fantasmées. Et Bruxelles est belle... Hier, j'ai tenu sa main dans la mienne toute la nuit, en écoutant la pluie battre le carreau. J'aurais pu dormir mais... pas envie.

mercredi, mai 09, 2007

J'aimerais te greffer les bras de Morphée

Hier, j'ai couché les enfants et je suis allée me refugier dans la cuisine sombre et silencieuse. Je m'habitue doucement à sa voix au bout du fil, qui s'inquiète de mes journées. Toutes mes journées. Ses mots protecteurs, peut-être un peu trop (j'ai déjà une mère...), sonnent comme des caresses à mon oreille. Tout cela est si neuf et si soudain. Si on m'avait dit, la semaine dernière, je n'y aurais pas cru. Je retrouve progressivement le sommeil mais tout le reste continue de me fuir: les leçons d'Espagnol, la recherche d'emploi et même l'envie d'écrire. Je passe mes journées à écouter de la musique. J'ai la tête ailleurs...

dimanche, mai 06, 2007

I am the vinegar and salt

Il a filé en vitesse, pour pas rater son arrêt, et pendant tout le trajet, après, j'ai attendu un truc: un sms ou un coup de fil qui m'aurait dit que... Que quoi, exactement? Je sais pas... Mon téléphone est resté silencieux. Ensuite, il a fallu que le premier petit couple qui entre, tout beau, tout jeune, tout passionné, aille se placer juste en face de moi. Pour s'embrasser dans ma ligne de mire. Grrr. Pourquoi faut-il toujours que je doute si intensément? De moi, d'eux, de ce que je veux ou ne veux pas. A ruminer comme je le fais, a posteriori, je transforme les meilleurs souvenirs en épuisant défilé de questions. A quoi je joue, exactement? Qu'est-ce que je veux? Est-ce que ça pourrait marcher, nous deux? Est-ce que je l'intéresse seulement? Sans réponse, évidemment... Même si mon téléphone a finalement eu droit à son petit message post-rencard. Bonne nuit ou quelque chose comme ça. Mouiiii...


(Ouwaaah. Sms nocturne + coup de fil matinal = je sais vraiment pas de quoi je me plains, moi, en fait. Huhu. Disons que je doute un peu moins, déjà (mais juste un peu, hein, faut pas déconner non plus))

mardi, mai 01, 2007

Je viens d'un lieu où chacun se complaît à être grave

Nuits blanches enchaînées. Je me planque, silencieuse, derrière mes paupières entrouvertes pour épier et constater. Le sommeil semble m'avoir définitivement lâchée. Petite chose racrapotée sous les draps chiffonnés, je rêve... mais je ne dors pas.

Etranges errances. L'existence me taraude. Où vais-je, exactement? Ca mène où, précisément, tout ça? A cette caisse de supermarché derrière laquelle, muette, je l'écoute me raconter ce qu'elle vit? Le tapis roulant entraîne mes courses, des biscuits et de la crème solaire pour un dimanche à la mer, tandis que je devine les larmes et les angoisses dont sera fait le sien. Main dérisoire posée sur son épaule. Je ne peux rien, et ça me désespère.

J'erre entre la mort et l'amour. Le corps en vrac, enseveli sous les pelletées de sable que je l'ai fait charrier sans la moindre raison logique (des remparts, des tours, l'espace d'une journée, nous aurons été châtelains des plages). Le tête en l'air. Fatiguée, confuse, dissipée par un rebond du coeur que je croyais éteint. A force de s'entendre dire que ces choses-là n'arrivent que quand on s'y attend le moins, on finit par ne plus rien attendre. Du tout. Et pourtant... Deux grands yeux attentifs passent et je m'y plonge avec délices. Je décolle comme une fusée puis redescends, aussi sec. Je me rappelle que je dois me méfier. Moins de lui que de moi. De mes attachements trop précoces et souvent vains. De mes peurs aussi. Surtout... J'erre et je me terre.

Ce soir, un petit vent frais faisait danser ma jupe dans les rues vides de la capitale. Quelques notes me trottaient dans la tête. Abd Al Malik, à défaut de Keren Ann, partie trop tôt, trop vite, sans moi. Quand le rap se fait slam, généreux et sincère, il est capable me faire frissonner. Ce fut le cas ce soir. Et j'ai couru vers le métro pour me sentir exister.